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Bélgica ·

Un manteau noir, un belvédère et deux couleurs de fumée : j'ai regardé le clip le plus têtu de Mike Sain't Louis, et je ne m'en suis pas lassé

Carnet d'un auditeur belge devant « El productor de Madonna no compra en Mercadona », la chanson où l'artiste indie alternatif madrilène, qui se présente comme « le premier cantautor IA », confronte une star mondiale et un supermarché de quartier

Homme aux cheveux noirs bouclés et à la barbe, en veste noire avec une fine chaîne argentée et un tatouage visible sur le torse, regardant sur le côté devant un fond de studio gris foncé.
Mike Sain't Louis sur fond gris sombre : le Madrilène détaille dans son blog un clip tourné presque entièrement en un seul lieu.

Madrid, le 25 octobre 2026. Je l'avoue d'emblée : c'est le titre qui m'a eu. « El productor de Madonna no compra en Mercadona », soit à peu près « Le producteur de Madonna ne fait pas ses courses chez Mercadona », du nom d'une chaîne de supermarchés que tout le monde connaît en Espagne. J'ai cliqué en m'attendant à une blague de trois minutes. J'ai trouvé un clip de quatre minutes vingt-cinq, sorti sur YouTube le 8 janvier 2025, presque entièrement tourné au même endroit, avec un seul personnage. Et je l'ai regardé deux fois de suite.

Son auteur, Mike Sain't Louis, est un artiste indie alternatif installé à Madrid qui se présente comme « le premier cantautor IA ». Il écrit toutes ses paroles ; la musique et l'interprétation vocale sont réalisées avec l'intelligence artificielle, qu'il dirige comme un outil de production. Il vient de consacrer un long texte de son blog à ce clip précis. J'ai relu ce texte après coup, et beaucoup de choses que j'avais senties sans les nommer s'y trouvaient.

Un néon pour commencer

Le clip s'ouvre sur l'homme déjà en place, debout sur un belvédère, avec un nuage de fumée turquoise qui lui monte le long des jambes. Par-dessus, le titre s'écrit en néon cursif : « El productor de » en petit, « Madonna » énorme et jaune au centre, puis « no compra en » et enfin « Mercadona ». Le nom de l'artiste, en néon lui aussi, reste dans un coin.

Mike explique qu'il voulait cette lettre d'enseigne lumineuse de bar de bord de route ou de club des années quatre-vingt, avec son glamour bon marché de discothèque de village. Ça colle parfaitement : le titre fait exactement la même chose en mettant une star planétaire et un supermarché de quartier dans la même phrase, et en laissant le contraste faire le travail.

Tout en haut, à découvert

Ce qui m'a frappé ensuite, c'est le lieu. Ni plateau, ni boîte de nuit, ni rue. Un belvédère de pierre, une rambarde à barreaux noirs, un carrelage usé et, sur la droite, une cheminée ou un pilier de brique rouge. Au-delà, une vallée, des collines, ce qui ressemble à un village au loin, une ligne d'horizon très basse.

C'est un décor d'exposition totale : celui qui s'y trouve est à la vue de tous, sans recoin où se cacher. Et le texte de Mike m'a fait comprendre pourquoi. La première strophe de la chanson est écrite à raison d'un mot par ligne :

Tengo Que

« Je dois », découpé en morceaux, puis « démontrer » et « constamment ». On lit cela comme si quelqu'un devait justifier chaque mot avant de passer au suivant. Mike l'avait déjà fait ailleurs, dans « Envejecer », mais avec de la tendresse. Ici, c'est de la fatigue : la sensation d'un examen permanent, où il faut prouver son talent à chaque pas. D'où ce personnage seul, tout en haut, devant un public qu'on ne voit pas mais qu'on devine dans tout ce paysage.

Le noir au milieu des couleurs

Le protagoniste porte la même tenue du début à la fin : un long manteau noir qui lui descend presque aux chevilles, des vêtements sombres dessous, des lunettes de soleil. Cheveux courts, barbe soignée. Il ne change ni de vêtements ni de lieu. Ce qui change, c'est ce qu'il fait de son corps, et la fumée autour de lui.

« J'aime qu'il soit en noir, parce que tout le reste est couleur », écrit Mike. La fumée rose et turquoise, le ciel verdâtre, la brique : l'homme est la seule tache sombre du plan, ce qui le place au centre de n'importe quel cadrage. Une silhouette sérieuse dans une chanson qui ne l'est pas, habillée pour un enterrement ou un défilé de haute couture, et qui se met à danser sur un belvédère comme on danse dans sa cuisine. L'artiste y voit tout son univers : la pose de diva et la réalité domestique, le manteau de podium et le supermarché du coin.

Une danse sans école

Pendant presque tout le clip, l'homme danse. Pas une chorégraphie d'académie : des gestes amples, théâtraux. Il ouvre les bras en croix comme pour recevoir des applaudissements, lève un bras vers le ciel, tourne sur lui-même avec le manteau qui vole, avance vers la caméra et s'arrête net. Parfois il se retrouve de dos, face à la vallée, la fumée montant autour de lui ; parfois il s'approche tellement qu'on ne voit plus que le torse et les lunettes.

C'est là que j'ai compris pourquoi un seul décor suffisait. Avec vingt lieux, on regarderait les lieux. Avec un seul, on regarde l'homme, sa solitude, son obstination à briller quand même.

Pourquoi ce clip parle aussi à un public belge

En Belgique, on a l'habitude des mélanges de langues et d'un humour qui ne se prend pas au sérieux tout en disant des choses sérieuses. Ce clip fonctionne exactement ainsi : un titre absurde, une image soignée et, en dessous, la pression épuisante de devoir toujours faire ses preuves. Pas besoin de connaître Mercadona pour comprendre le contraste ; pas besoin de parler espagnol pour sentir le poids de ces mots isolés.

Mike Sain't Louis a d'ailleurs déjà consacré un autre article aux paroles de la chanson, autour de l'examen permanent et de la marque de distributeur. Celui-ci se concentre sur l'écran, et c'est ce qui le rend précieux.

Écouter et télécharger

La chanson et tout le catalogue de PLANETA GAYFOLK, 273 singles et plus de 280 clips publiés en quelque deux ans, s'écoutent et se téléchargent gratuitement sur https://mikesaintlouis.com, avec les paroles de chaque titre. On les trouve aussi sur Spotify, Deezer et les principales plateformes. Le texte de Mike sur ce clip, dans son blog : https://mikesaintlouis.com/blog/un-hombre-solo-entre-humo-rosa-y-turquesa-el-videoclip-de-el-productor-de-madonna-no-compra-en-mercadona

À propos de Mike Sain't Louis

Mike Sain't Louis vit à Madrid et fait de l'indie alternatif sous une étiquette qu'il a choisie lui-même : « le premier cantautor IA ». Les mots, l'idée et la direction artistique sont les siens ; l'intelligence artificielle sert d'outil de production et d'arrangements. Parolier, compositeur, producteur, directeur artistique et patron de son label indépendant MIKE SAIN'T LOUIS, il signe une pop alternative queer culottée, drôle et sans censure, de l'électropop à la copla en passant par la ballade. Beaucoup l'ont découvert en 2024, quand « Tan Cateto » est devenu viral sur TikTok.

Contact presse

Courriel : info@mikesaintlouis.com Site : https://mikesaintlouis.com Instagram : @planetagayfolk