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Francia ·

Mode d'emploi pour un seul mot : comment écouter « Aquí escupo », la chanson où Mike Sain't Louis plante « ici » dans le sol

Cinq étapes pour suivre de près le texte le plus court et le plus brut de l'artiste indie alternatif madrilène qui se présente comme « le premier auteur-compositeur IA » : une anaphore, quinze possessifs et une drag queen au petit matin

Homme aux cheveux noirs frisés et à la barbe courte, chemise en lin beige ouverte sur un débardeur blanc, tatouages sur la poitrine et les bras, assis dans le sable entre des dunes et des touffes d'herbe sèche, avec le soleil couchant derrière lui dans un ciel orangé.
Mike Sain't Louis assis dans les dunes au coucher du soleil : un corps posé à un endroit précis, comme le « ici » qu'il répète dans « Aquí escupo ».

Madrid, le 25 octobre 2026.

« Ici. » Quatre lettres en espagnol, aquí, un adverbe de lieu qu'on prononce cent fois par jour sans y penser. Mike Sain't Louis, artiste indie alternatif installé à Madrid qui se présente comme « le premier auteur-compositeur IA », en a fait la colonne vertébrale d'une de ses chansons les plus courtes et les plus crues, « Aquí escupo » (« Ici je crache »). Dans un récent billet de blog, il explique comment le texte est construit. Nous en avons tiré un guide pratique pour l'écouter, paroles sous les yeux, en cinq étapes.

Avant d'appuyer sur lecture

Ouvrez la page de la chanson sur mikesaintlouis.com : chaque titre y est accompagné de ses paroles, et l'écoute comme le téléchargement sont gratuits. Prévoyez trois minutes de calme. Le texte ne fait pas quarante lignes, mais il est dense, et l'auteur lui-même conseille de le lire lentement.

Un mot de contexte. Mike Sain't Louis écrit toutes ses paroles ; la musique et l'interprétation vocale sont produites avec l'intelligence artificielle, qu'il utilise comme outil de production et d'arrangement. Les mots, l'idée et la direction artistique sont les siens.

Étape 1 : comptez les « aquí »

Premier exercice, presque scolaire : notez chaque occurrence de aquí. Le mot revient d'abord quatre fois d'affilée, chaque fois avec un verbe différent : je crache, je vis, je brûle, je continue. Puis encore, et encore.

Les professeurs de lettres appellent cela une anaphore. Mike l'emploie souvent, par exemple dans des listes de griefs qui s'accumulent jusqu'à éclater. Ici, elle devient physique. « Chaque "aquí" est un coup de talon. Au quatrième, le sol est déjà marqué », écrit-il. L'adverbe a besoin d'un corps pour avoir un sens : on dit « ici » en montrant du doigt, du menton, des yeux. La chanson refuse donc tout ailleurs abstrait, ni « dans le monde » ni « sur cette planète ». Ici, là où se tient celui qui parle.

Étape 2 : regardez ce qui sort du corps

La chanson démarre sans présentation, par une liste de ce qu'on crache. Elle s'ouvre sur ce que le corps a de plus cru, puis vient la rage, sur la même ligne, séparés par une simple virgule. Mike explique avoir placé le plus brutal au début à dessein : à la fin, cela ressemblerait à un effet préparé ; au début, c'est une déclaration. Rien ne sera caché.

Ce qui l'intéresse, c'est l'absence de hiérarchie. Ce qui sort du corps par plaisir et ce qui en sort par douleur sont traités de la même façon. « Tout est fluide. Tout sort », résume-t-il.

Étape 3 : suivez les talons cassés

Juste après arrivent deux vêtements, que l'on peut citer tels quels :

« mis tacones rotos, / mi falda manchada » (mes talons cassés, / ma jupe tachée)

Le drag entre en scène sans être nommé. Pas la drag de gala aux ongles parfaits et à la perruque hors de prix, précise l'auteur, mais celle de la fin de nuit, qui rentre à sept heures du matin un talon à la main, l'autre au pied, en boitant dans la rue Pelayo pendant que les éboueurs arrosent le trottoir.

Conseil d'écoute : enchaînez avec « La primera drag de Benidorm », issue du même album, qui commence presque pareil, sur des talons cassés. Mike les décrit comme deux cousines germaines. Dans « Aquí escupo », la drag n'a ni nom ni ville ; elle n'a que ses vêtements abîmés, et elle les crache.

Étape 4 : soulignez les possessifs

C'est le détail le plus révélateur, et le plus facile à vérifier. Presque tout ce qui est nommé dans la chanson est précédé d'un possessif : ma rage, ma langue, ma peur, mon rire, mon cri, mon sang, mes nuits, mes rêves, ma faim, mon amour, ma poitrine. Mike en compte quinze dans un texte qui n'atteint pas quarante lignes.

Son explication tient en une phrase : « Cracher, au fond, c'est un acte de propriété. On crache ce qui est à soi. » En plaçant un possessif devant chaque chose, même la plus laide, la chanson revendique tout. Le rire tordu, la poitrine brisée. Sans une ligne d'excuse.

L'artiste relie ce choix à un autre texte de son blog, consacré à l'écriture du corps sans demander pardon, et à une longue tradition qui voudrait que le corps pédé soit à cacher, à corriger ou à excuser. Il considère « Aquí escupo » comme son texte le plus extrême dans ce sens.

Étape 5 : réécoutez sans les paroles

Dernier passage, les yeux fermés. Une fois la mécanique repérée, l'anaphore, la liste, les possessifs, la chanson se reçoit autrement : comme quelqu'un qui plante les pieds et refuse de bouger. La photo qui accompagne ce communiqué, un homme assis dans le sable des dunes au soleil couchant, dit à peu près la même chose sans un mot : un corps, un endroit, et l'intention d'y rester.

Pourquoi en France

Le public français a l'habitude de lire les chansons comme des textes, de la chanson à texte au rap. « Aquí escupo » se prête parfaitement à cet exercice : une forme courte, un procédé visible, une langue sans fard. Elle rejoint aussi une tradition que la France connaît bien, celle d'une culture queer qui transforme l'insulte et la honte en matière poétique et en fierté.

L'univers PLANETA GAYFOLK

La chanson appartient au projet PLANETA GAYFOLK : 273 singles et plus de 280 clips publiés en deux ans de travail environ, et une trilogie conçue comme un seul voyage, « Descubierto un nuevo planeta llamado GAYFOLK », « Ojalá se pudiera viajar a GAYFOLK » et « El día de la liberación », vers une planète où chacun peut vivre tel qu'il est. Le style va de l'électropop à la copla, de la pop alternative à la ballade, en espagnol mais aussi en anglais, en français ou en portugais.

Où écouter et télécharger

Toute la musique de Mike Sain't Louis s'écoute et se télécharge gratuitement sur mikesaintlouis.com, avec les paroles de chaque titre. Elle est aussi disponible sur Spotify, Deezer et les principales plateformes. Le billet complet est à lire sur son blog : mikesaintlouis.com/blog.

À propos de Mike Sain't Louis

Basé à Madrid, Mike Sain't Louis est un artiste indie alternatif qui se définit comme « le premier auteur-compositeur IA ». Parolier, compositeur et producteur, il dirige aussi, comme directeur artistique et PDG, son propre label indépendant, MIKE SAIN'T LOUIS, sans maison de disques ni intermédiaire. En 2024, « Tan Cateto » est devenue virale sur TikTok. Avec l'aide de professionnels, il transforme en chansons des années de relations avec des partenaires narcissiques, pour rendre visible la violence psychologique et ses traces.

Contact presse

E-mail : info@mikesaintlouis.com Site : https://mikesaintlouis.com Instagram : @planetagayfolk